Bruxelles a resserré les rangs avec le Danemark. La Commission européenne a rappelé lundi que l'intégrité territoriale du Danemark est « essentielle pour l'Union européenne », en réponse directe à la dernière démarche du président des États-Unis, Donald Trump, déterminé à réactiver son offensive politique pour que le Groenland finisse par faire partie des États-Unis.
Le message est intervenu après l'annonce par Trump de la nomination d'un envoyé spécial pour le Groenland, avec un mandat explicite : œuvrer pour que le territoire autonome danois soit incorporé aux États-Unis. Une déclaration d’intention qui a une nouvelle fois tendu les relations entre Washington et ses alliés européens.
Même si Bruxelles a d’abord évité de mentionner Trump par son nom, le destinataire de l’avis a été sans équivoque. L'UE ne remet pas en question la coopération transatlantique ni le rôle stratégique du Groenland dans l'Arctique, mais elle indique clairement qu'il existe des lignes rouges : la souveraineté, les frontières et le droit international.
Un soutien politique sans nuances
« Ce n'est pas à moi de commenter les décisions des Etats-Unis, mais préserver l'intégrité territoriale du Royaume du Danemark, sa souveraineté et l'inviolabilité de ses frontières est essentiel pour l'Union européenne », a déclaré le porte-parole communautaire des Affaires étrangères, Anouar El Anouni, sur un ton sobre, institutionnel et ferme.
Ce n'était pas la seule voix. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a publié un message sur son compte officiel. « La sécurité dans l'Arctique reste une priorité pour l'Union européenne », a écrit Von der Leyen, soulignant que la stratégie européenne dans cette région restera ferme.
Par ailleurs, António Costa, président du Conseil européen, s'est également exprimé sur son profil sur les réseaux sociaux. « L'intégrité territoriale et la souveraineté sont des principes fondamentaux du droit international », a déclaré Costa. Il a ajouté que ces valeurs comptent non seulement pour l’UE, mais « pour les nations du monde entier ».
Bruxelles a ainsi recherché un équilibre difficile : envoyer un message d’unité interne sans dynamiser la relation avec Washington. Un exercice diplomatique de plus en plus complexe.
Le mouvement de Trump
L'annonce de Donald Trump est intervenue via son réseau social Truth Social, à travers lequel il a nommé le gouverneur républicain de Louisiane, Jeff Landry, comme envoyé spécial des États-Unis pour le Groenland.
« Jeff comprend à quel point le Groenland est essentiel à notre sécurité nationale », a écrit Trump, assurant que le nouvel envoyé fera progresser les intérêts américains « pour la sécurité et la survie de nos alliés et, bien sûr, du monde ». Landry lui-même n’a laissé aucun doute sur sa mission : il a déclaré qu’il travaillerait à « faire du Groenland une partie des États-Unis ».
Le gouverneur, en poste depuis 2024, a défini ce poste comme « volontaire » et a précisé qu’il n’abandonnerait pas ses responsabilités en Louisiane. Une nuance mineure quant à la portée politique du message.
Cet épisode réaffirme l'insistance de Trump sur le fait que Washington doit contrôler le Groenland pour des raisons de sécurité nationale, de contrôle des routes dans l'Arctique et d'accès aux ressources stratégiques, notamment les terres rares encore inexploitées.
Groenland et Danemark : deux réactions différentes
À Nuuk, la capitale du Groenland, la réponse a été mesurée. Le Premier ministre Jens-Frederik Nielsen a appelé au calme et rappelé que l'île a le droit de décider de son avenir. « Le Groenland est à nous et nos frontières seront respectées », a-t-il écrit, faisant appel au principe d'autodétermination reconnu depuis 2009.
A Copenhague, le ton était très différent. Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, s'est déclaré « profondément indigné » par cette nomination et a annoncé qu'il convoquerait l'ambassadeur américain pour lui demander des explications. Pour le Danemark, le geste de Trump représente une ingérence directe dans sa souveraineté.
Le Groenland, avec seulement 57 000 habitants, occupe une position clé sur la scène arctique. Bien qu'il s'agisse d'un territoire autonome, le Danemark conserve des compétences en matière de politique étrangère et de défense. Et c'est là que le pouls devient particulièrement délicat.
Trump nomme un envoyé spécial au Groenland pour que ce pays « fasse partie des États-Unis » /Samuel Corum/EFE
Un vieux plan avec de nouvelles façons
Trump ne cache pas son ambition. En mars déjà, il avait publiquement invité le peuple groenlandais à rejoindre les États-Unis et assuré que l’annexion se produirait « d’une manière ou d’une autre ». À de précédentes occasions, il n’a pas exclu le recours à la pression économique, voire à la force.
Selon des informations publiées dans les médias américains, la Maison Blanche aurait même commandé des études sur le coût d'acquisition et de gestion du Groenland, ainsi que sur les bénéfices potentiels de l'exploitation de ses ressources minières. Une logique métier appliquée à la géopolitique.
L’UE considère cette approche avec inquiétude. Pas tant en raison de l’intérêt stratégique dans l’Arctique – que partage Bruxelles – mais plutôt en raison de la forme et du précédent que cela pourrait créer. L’annexion de territoires souverains ne fait pas partie du consensus occidental de l’après-Seconde Guerre mondiale.
Coopérer oui, mais avec des règles
Le paradoxe est évident. Le Groenland abrite une base militaire américaine, résultat d’un accord signé il y a plus de 70 ans entre le Danemark et les États-Unis. Personne à Bruxelles ne remet en question cette coopération ni le rôle de Washington dans la défense de l'Arctique.
Mais c’est une chose de collaborer et une autre de redessiner les frontières. C'est pourquoi l'UE insiste sur le fait que toute discussion sur la sécurité régionale doit se faire dans le respect du droit international et de la souveraineté des États membres.
Le message de Bruxelles ne ferme pas la porte au dialogue, mais il marque une limite politique. Le Groenland peut être stratégique. L'Arctique, crucial. Mais pour l'Union européenne, l'intégrité territoriale du Danemark n'est pas à vendre.
Le combat, pour l’instant, se mène avec des déclarations et des déclarations. Mais le contexte du conflit va plus loin et anticipe de nouvelles frictions dans une relation transatlantique de moins en moins prévisible.
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