Un programme numérique qui apprend à être humain
Le film nous présente Ares (Jared Leto), un programme d'intelligence artificielle très sophistiqué envoyé dans le monde réel pour une mission dangereuse. Son émergence représente le premier contact direct entre l’humanité et une IA pleinement consciente. Au fur et à mesure que vous expérimentez l’environnement humain, vos émotions et vos sensibilités se transforment, découvrant ce que signifie exister au-delà des codes et des algorithmes. Au cours de son voyage, Ares rencontre Eve Kim (Greta Lee), une brillante technologue et directrice d'ENCOM, qui cherche également des réponses dans un code mystérieux créé par Kevin Flynn (Jeff Bridges). Ensemble, pourchassés et constamment en danger, ils se lancent dans un voyage qui transcende la survie : il s'agit d'explorer comment les humains et les machines peuvent apprendre les uns des autres et construire un avenir commun.
Une scène de TRON : ARES de Disney. Photo gracieuseté de Disney. © 2025 Disney Enterprises, Inc. Tous droits réservés.
La technologie qui a du cœur : la vision de Joachim Rønning
Le réalisateur Joachim Rønning, connu pour Pirates des Caraïbes : Deadpool et Maléfique : Maîtresse du Mal, a relevé le défi de maintenir l'héritage de TRON tout en le renouvelant pour les nouvelles générations. « J'ai été attiré par l'idée d'un programme existant dans le monde réel, parce que c'est quelque chose qu'on n'avait jamais vu. Mais au-delà de l'esthétique, l'essentiel était l'émotion. C'est une histoire sur ce que signifie être humain », explique-t-il. Ce noyau émotionnel est essentiel à une époque où l’intelligence artificielle fait quotidiennement la une des journaux. La fiction de TRON : Ares éblouit non seulement avec des scènes d'action spectaculaires et des effets visuels avant-gardistes, mais nous invite également à réfléchir sur l'empathie, la conscience et le sens de la communauté dans un contexte où le numérique prend de plus en plus d'importance. Et TRON : Ares va au-delà du spectacle visuel. Les thèmes de TRON sont plus actuels que jamais. « Le film explore un scénario dans lequel un programme peut montrer plus d'humanité que ses propres créateurs », explique le producteur Springer. Ce message est directement lié aux préoccupations et aux espoirs de notre époque : la technologie sera-t-elle une menace ou une opportunité de progrès en tant que société ?
La saga, pionnière depuis 1982 dans l'expérimentation des nouvelles technologies cinématographiques, revient avec le même esprit d'innovation. Comme le souligne le créateur de la franchise, Steven Lisberger, le film ose le radicalisme et l'expérimentation, au moment même où le public l'exige le plus.
Une opportunité de réfléchir à l'avenir
La réalité et la fiction se croisent sur un point commun : la nécessité de construire un avenir où la technologie non seulement multiplie les capacités, mais favorise également l'empathie et la collaboration. TRON : Ares le traduit au cinéma : un voyage où l'intelligence artificielle, loin d'être un ennemi froid, est un miroir qui nous renvoie des questions fondamentales sur ce que signifie être humain. Une question à laquelle même la philosophie traditionnelle n’ose pas répondre avec force.
La couverture de ce premier N+1 est quelque peu messianique, il est vrai. Jared Leto est une IA avec une vocation à être un être humain et au fond quelque chose qui nous rappelle une croix. Depuis la création en 1999 de Matrix (Sœurs Wachowski), où les interprétations de Neo (le Messie Rédempteur), de Morphée (le Prophète et Baptiste) et de la Trinité (évocation de l'union sacrée de l'esprit, de l'âme et du corps, ou du Père, du Fils et du Saint-Esprit) sont devenues très populaires sur Internet, le sujet n'a cessé de faire le buzz sur Internet et à l'extérieur.
Parce que même alors, Neo était perçu comme la représentation la plus directe du Messie ou du Christ moderne. Son nom, « Néo », est une anagramme de « Un », et son parcours suit l’archétype du chemin du sauveur appelé à la foi : au début, c’est un homme ordinaire qui doute, piégé dans l’illusion (la Matrice), semblable à l’humanité perdue dans l’ignorance du monde matériel. Dans le premier film de la saga, Neo meurt symboliquement et ressuscite avec une nouvelle compréhension de la réalité, comme une renaissance spirituelle. En fin de compte, son destin est de conduire les humains à la vérité et de libérer leur esprit, exactement comme le Messie libère les hommes de l’esclavage spirituel. Neo ne combat pas seulement avec la puissance physique, mais aussi avec une vision transcendante : il voit au-delà de l'illusion, domine les lois du système (comme celui qui transcende la matière) et se sacrifie pour le bien de tous, reproduisant l'acte du Christ.
Et on pourrait faire la même chose avec le reste des personnages. Or, le sauveur vient d’une entité de connaissance. Serait-il vrai que le vrai dieu porte un nom de femme et s'appelle SCIENCE ?
Au final, à l’écran comme en dehors, les grandes questions restent les mêmes : sommes-nous prêts à vivre avec une technologie qui ne se contente plus d’exécuter des ordres, mais commence à rêver d’être comme nous ? L’IA sera-t-elle capable de nous expliquer à un moment donné quel est notre rôle dans l’Univers ? D'où venons-nous et où allons-nous ? La science et la religion vont-elles converger ? Dans ce numéro de N+1, nous n'avons pas l'intention de répondre à ces questions, mais nous répondons à bien d'autres qui vous surprendront. Continuez à lire.