L'apathie face à l'injustice serait de la complicité !

Quelle indignation de Jésus trouvant l'atrium du Temple de Jérusalem transformé en marché ! Indignation proverbiale, monumentale, souveraine. Une indignation aussi sage que juste et prophétique. Le Temple était le lieu de rencontre avec Dieu, et ils l'avaient transformé en un bazar bruyant. Les commerçants pratiquaient des prix abusifs. Les pauvres qui venaient prier étaient arnaqués dans le lieu le plus sacré. Les prêtres bénéficiaient de cette affaire. La religion était devenue commercialisée.

Un marché dans la « Cour des Gentils », seul endroit où les non-juifs pouvaient prier. Ils avaient même supprimé cet espace. C’est l’une des rares fois où nous voyons Jésus physiquement violent (fouetter des objets, pas des personnes), ce qui souligne la gravité de ce qui se passait. Mais… il n'était pas en colère parce qu'on l'insultait ou lui faisait du mal – nous savons bien que même parmi ses disciples il y avait des « personnes toxiques » avec lesquelles il ne rompait pas les relations mais gardait toujours la porte ouverte avec une patience radicale, reflétant son enseignement du pardon jusqu'à soixante-dix fois sept -, mais celui de profaner le sacré en utilisant la religion pour frauder ou manipuler, ou en rencontrant l'hypocrisie religieuse qui nuit à autrui, ou en commercialisant la foi de manière abusive empêchant quelqu'un d'accéder à l'aide, à l'accompagnement ou à la consolation. dont tu as besoin, que… L'apathie face à l'injustice serait de la complicité !

Le projet de Jésus n'était pas un projet d'auto-préservation mais un projet de transformation. Pour lui, le « succès » ne consistait pas à éviter les conflits avec les pouvoirs en place, mais plutôt à les affronter en exposant leurs contradictions. Sa méthode consistait à incarner un message jusqu'à ses conséquences ultimes, même lorsque cela impliquait une extrême vulnérabilité. Les marchands représentaient la corruption institutionnalisée du temple, transformant la maison de prière en une entreprise. Le geste symbolique violent de Jésus est prophétique dans la tradition des prophètes hébreux : dramatique, public, politique. Sa colère protège les faibles contre les abus du pouvoir.

Examinons maintenant spécifiquement le texte de l'évangéliste Jean. Il existe quelques différences entre celui-ci et le récit du même épisode dans les évangiles synoptiques : Jean dit clairement « mais il parla du temple de son corps » ; Un autre fait est que Jean place ce moment au début du ministère (les synoptiques à la fin), comme une déclaration programmatique qui disait « Je viens remplacer tout ce système ». Car ce qui ne peut être commercialisé, c’est précisément une médiation divine incarnée, payante pour la proximité avec Dieu.

L’accès au divin ne s’achète pas. Il n’existe pas d’intermédiaires qui imposent un prix en temps ou en argent (dans nos sociétés capitalistes, le temps, c’est de l’argent). La grâce n’a pas de prix sur le marché. La relation avec Dieu est libre. La révolution radicale de Jésus a consisté à démonétiser le sacré précisément parce que le sacré est devenu une chair humaine et vulnérable, non une institution puissante, le nouveau temple n'est pas construit avec des pierres, mais il marche, a faim, pleure. Le véritable lieu de rencontre avec Dieu n'est pas un édifice, mais la personne du Christ, spécialement dans son mystère pascal.

Et ma colère ? Est-ce que je défends les autres ou mon propre ego ? Est-ce que je recherche une satisfaction bonne ou émotionnelle ? Notre autocritique institutionnelle reconnaît-elle sa propre tendance à se corrompre en sacralisant la structure ? Devons-nous banaliser le spirituel en le réduisant à un souvenir ? Sommes-nous complices de ce qui n’est pas négociable sur le plan ecclésiastique ? Jésus rejette l’idée que la logique de l’échange commercial colonise l’espace et le temps de la gratuité.