Le manque d’orientation efficace dès le plus jeune âge (primaire et secondaire) rend difficile le lien entre l’école et le monde du travail, ce qui a un impact négatif à la fois sur l’employabilité des jeunes et sur leur permanence dans le système éducatif. Cela ressort clairement du rapport « Orientation des systèmes éducatifs dans notre environnement », une analyse des systèmes éducatifs de dix pays. Parmi eux, l'Espagne, l'Allemagne, le Royaume-Uni et le Canada.
Présentée ce matin à Madrid, l'étude est signée par le groupe de recherche sur les politiques éducatives supranationales, de l'Université autonome de Madrid (UAM) et de la fondation Bertelsmann. La conclusion des chercheurs est qu'une orientation scolaire plus efficace et plus professionnalisée, dotée de ressources suffisantes, serait un facteur déterminant pour réduire le chômage des jeunes et l'abandon scolaire précoce en Espagne.
« L'essentiel est de relier l'apprentissage scolaire à la vie réelle, d'impliquer les familles et de proposer des expériences professionnelles concrètes dès le plus jeune âge »
Le chômage des jeunes a diminué en Espagne fin 2024 pour atteindre 19 %, son niveau le plus bas depuis 2007. Cependant, la précarité de l'emploi est une réalité. 26% des jeunes ayant un emploi ont des contrats à temps partiel, un chiffre plus prononcé chez les femmes (près de 34%) que chez les hommes (20%). 30 % de la population jeune est menacée de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit le deuxième groupe le plus vulnérable après l’enfance. Cette situation touche même ceux qui ont un emploi : plus de 18 % des jeunes employés sont en situation de pauvreté.
En ce qui concerne l'abandon scolaire précoce – le pourcentage de la population âgée de 18 à 24 ans qui n'a pas terminé l'ESO et ne suit aucun type d'éducation ou de formation – est de 13 % en Espagne, contre une moyenne européenne de 9,3 %.
Collaboration commerciale
Le rapport de l'UAM confirme que le Canada, le Danemark et le Royaume-Uni ont lancé un ensemble d'activités d'orientation destinées aux élèves du secondaire afin qu'ils entrent en contact avec le monde du travail. Par exemple, des visites d'entreprises, des séjours et des salons. « Relier les apprentissages aux domaines professionnels a un impact positif sur le développement de la formation et des parcours professionnels des étudiants », comme c'est également le cas aux Pays-Bas et en Allemagne. Le rapport souligne que la collaboration avec les entreprises est essentielle au fonctionnement des systèmes d'orientation, notamment pour préparer les étudiants au marché du travail. « Une orientation plus efficace et mieux financée est essentielle pour réduire le chômage des jeunes et le décrochage scolaire en Espagne », conclut le rapport.
Tous les experts des systèmes éducatifs alertent depuis des années sur le fait que l’abandon scolaire précoce est un phénomène multicausal étroitement lié au manque d’orientation. Il existe un consensus sur le besoin urgent d'une « orientation plus et meilleure », comme le soulignait il y a quelque temps Aina Tarabini, professeur au Département de sociologie de l'Université autonome de Barcelone (UAB). Selon lui, le modèle actuel confond orientation et information et est en outre très finaliste.
« Au sein des instituts, la croyance selon laquelle le lycée est pour les intelligents et la formation professionnelle pour ceux qui ne le sont pas, est toujours très valable, et ce message est transmis aux enfants et mine leur estime de soi. Pourquoi est-il toujours recommandé à un bon élève de faire un lycée scientifique ? » » demande le chercheur, qui se félicite que la vision de la formation professionnelle supérieure ait effectivement changé pour le mieux. Le grade supérieur est, de loin, celui qui croît le plus (42 %). Son augmentation est si importante qu’elle talonne déjà l’université. Parmi toutes les personnes qui accèdent à l'enseignement supérieur pour la première fois, les facultés représentent 61 % et la FP, 39 %, selon le rapport de l'OCDE « Aperçu de l'éducation 2025 ».
Dans la présentation de l'étude UAM, Sareena Hopkins, directrice générale de la Fondation canadienne pour le développement de carrière (FCDC), a expliqué qu'une orientation professionnelle de qualité est bien plus qu'une aide ponctuelle. Il s’agit, selon lui, d’un investissement stratégique ayant un impact multiplicateur sur les personnes, les communautés et la société.
« Notre expérience au Canada montre que lorsque les systèmes éducatifs placent le développement personnel et professionnel des étudiants au centre, les résultats scolaires ainsi que l'employabilité et le bien-être des jeunes s'améliorent. La clé est de relier l'apprentissage scolaire à la vie réelle, d'impliquer les familles et d'offrir des expériences de travail concrètes dès le plus jeune âge », a-t-il conclu.
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