Fleurs, messages et bougies remplissent à nouveau le pied de la Plaza de la República, comme ce 13 novembre, lorsque des centaines de citoyens sont venus spontanément pleurer les victimes. Dix ans se sont écoulés depuis, mais la blessure laissée en France par les attentats terroristes de 2015 semble parfois rester ouverte.
Pour la première fois après les attentats, une cérémonie d'État austère s'est tenue ce jeudi, sans discours politiques, comme l'avaient demandé les victimes. Dans les endroits où 132 personnes sont mortes et plus de 350 ont été blessées, les autorités ont parcouru les principaux points où ont eu lieu les attaques jusqu'à atteindre la salle du Bataclan. Là, une centaine de victimes et de proches ont rendu hommage à ceux qui ne sont plus là, mais aussi à ceux qui ont survécu et ont ramené chez eux le « monstre », comme le décrit le survivant franco-chilien David Fritz. « Je me lève chaque matin pour les 132 personnes qui ne peuvent plus le faire », a déclaré Bruno Poncet, rescapé de l'attentat, lors de la manifestation devant le Bataclan.
Tout près, des dizaines de personnes ont suivi le mémorial depuis la Plaza de la República, où la Mairie avait installé des écrans géants sous la phrase 'Fluctuat nec mergitur' (battu par les vagues, mais pas coulé), devise de la ville de Paris. Parmi les fleurs et les bougies déposées par les citoyens, le socle du monument était rempli de messages émouvants : « Paris, se souvient de vous. Les chauffeurs de taxi aussi », pouvait-on lire sur une couronne de fleurs. « Vous avez peut-être notre haine, mais jamais notre liberté », a écrit quelqu'un dans une note accompagnant une bougie.
Entre rock et spiritualité, Paris rend hommage aux morts et survivants du 13N /EFE
« Nous étions dans un bar voisin, c'était vendredi, et nous avons commencé à entendre des rumeurs faisant état de plusieurs agressions. Le propriétaire du bar nous a dit qu'il allait fermer les stores et que nous avions deux options : soit rentrer chez nous, soit nous réfugier dans le sous-sol du bar. Nous sommes restés jusqu'à une heure du matin dans le sous-sol de ce bar », raconte Matthieu, un jeune homme qui s'approchait de la place pendant sa pause déjeuner pour y déposer un bouquet de fleurs.
Cloches et musique en souvenir
A 18h00, les cloches de Notre Dame de Paris et de quatre autres églises ont sonné en l'honneur des victimes, marquant le début de la cérémonie d'inauguration du Jardin du 13 novembre 2015, situé au centre de la capitale. L'événement s'est déroulé en présence du président Emmanuel Macron, de la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun Pivet, et de la maire de Paris, Anne Hidalgo, entre autres, ainsi que d'autres autorités internationales, comme Roberta Metsola.
Certains des protagonistes qui ont contribué cette nuit-là à sauver des vies et à porter secours aux blessés ont lu les noms des 132 personnes assassinées, accompagnés par les performances de Jarvis Cocker, leader du groupe britannique « Pulp », et de « Brothers in arms », qui a assuré la musique de l'hommage. Notes et paroles rock s'entrelacent dans un profond silence partagé. Le comble de l'émotion a été la prestation du chanteur Jesse Hugues, leader du groupe « Eagles of Death Metal » qui jouait au Bataclan le soir de l'attentat.

Autel improvisé place de la République à Paris, en hommage aux victimes des attentats jihadistes du 13 novembre 2015. / Edgar Sapiña Manchado EFE
« Nous continuerons avec le gouvernement à construire la sécurité sans sacrifier la liberté », a déclaré lors de la cérémonie le président de l'association '13onze15', Philippe Duperron, insistant sur le fait qu'ils continueront à œuvrer pour éviter que des jeunes intégrés ne finissent dans le djihadisme.
L'événement s'est terminé par un discours du président Emmanuel Macron, qui s'est limité dans la journée à remercier les services d'urgence et la brigade d'intervention de la police pour leur travail dans cette nuit tragique du 13 novembre. Macron a qualifié la douleur des victimes d' »insensée, injuste et insupportable ». Une souffrance qui refait surface à chaque nouvel attentat qui frappe la France ; « On leur a dit de revenir à la normale, mais il n’y a rien de normal à une vie écourtée dans sa plénitude », a-t-il déclaré, insistant sur le fait que « nous ne pouvons pas donner un sens au 13 novembre, mais nous pouvons donner un sens au 14 novembre ».
La fin d'une étape avec la dissolution de 'Life for Paris'
Ce dixième anniversaire était aussi l'occasion de fermer une scène. Les victimes ressentent le besoin de tourner la page, comme l'a déclaré à EL PERIÓDICO le franco-chilien David Fritz Goeppinger, survivant du Bataclan : « Il est temps de passer à autre chose.

Fleurs déposées dans les impacts de balles causés par les terroristes lors des attentats de Paris du 13 novembre 2015. / CHRÉTIENS DE MALTE / EFE
L'association « Life for Paris », créée après les attentats, a également décidé de se dissoudre à compter de ce vendredi. Son président, Arthur Dénouveaux, estime que les survivants « n'ont plus besoin de ça pour vivre ». « Nous avons fait tout ce que nous avions prévu en le créant : nous rassembler, nous entraider pour guérir, intenter des actions en justice et créer ce jardin commémoratif », a expliqué Arthur Dénouveaux aux micros de RMC.
La menace persiste
Ce jeudi a aussi rappelé que le terrorisme en France continue de porter le nom de jihadisme, mais que comme tout, il a muté : il est désormais plus jeune et plus imprévisible, disent les experts. « La menace a profondément évolué (…) et est désormais majoritairement jihadiste », a indiqué le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, pour BFMTV, qui a souligné que les actes de violences sont désormais beaucoup plus « isolés » et « autonomes » des organisations terroristes, et proviennent de l'intérieur du territoire.
Emmanuel Macron a prévenu que le jihadisme actuel « ressurgit sous une autre forme à laquelle la France ne cédera pas non plus », insistant sur le fait que « la vigilance sera constante » pour faire « tout son possible pour empêcher toute nouvelle attaque ».
Dix ans plus tard, la France maintient l'alerte terroriste maximale et continue de lutter contre la même haine qui, un jour sous l'enfer sur terre, a créé « l'une des nuits les plus sombres de l'histoire de France », a déclaré son maire. Mais Paris n'a jamais cédé à cette peur ou à cette haine et les terrasses se sont à nouveau remplies de vie, de conversations et de sourires, car « Paris continue d'être la capitale de la liberté ».
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